L'UTOPITRE

(Marc Jolivet Flammarion 2000 140 francs)

 

 

 

 

 

" En ce début de siècle, l'Etat ponctionnait les classes moyennes de 10 à 60 % d'impôts en leur disant : "Ne vous inquiétez pas, cet argent que nous vous extorquons, c'est pour les pauvres." "Bon d'accord, c'est pas marrant, disaient les classes moyennes, mais si c'est pour réduire la fracture sociale et trouver la solution à tous nos ennuis pourquoi pas ?" Mais plus on ponctionnait les riches et plus il y avait de pauvres. Les vases ne communiquaient pas. L'argent restait coincé dans le goulot de l'Etat, les réservoirs se vidaient à chaque bout de la chaîne, sans soulager les plus démunis... Démunis à qui l'on osait dire pour s'en sortir : "Il faut jouer à la bourse, traider ou mourir ! Vas-y le SDF, joue ton RMI dans les stocks options..." Tel était le discours économique. Personne ne comprenait que la bourse était un jeu de riches pour exciter les pauvres, un casino mondial estampillé "maison sérieuse" tenu par l'élite spéculative, le gratin de la finance universelle. Combien de pauvres gens y ont perdu leurs économies, leurs rêves et leur santé. Un matin tu étais milliardaire, tu allais aux toilettes, tu revenais t'étais ruiné. [...] Spéculator et Boursicotor étaient devenus les maîtres du monde. Les cours de la bourse étaient affichés partout : à la télé, dans les journaux, les cinémas, aux théâtres, les blocs opératoires... même sur la lune ! [...] Ils avaient installé sur la lune des panneaux à cristaux liquides visibles de la terre, sur lesquels étaient écrit : "Nike, Coca-Cola et Disney vous présentent les cours de Wall Street en direct..." [...] Personne ne remarqua que le temps devenait de plus en plus capricieux, irrationnel, terrifiant. "Tiens c'est bizarre, de la neige à St-Trop un 15 août ! Sans importance, le CAC 40 a grimpé de 10 points..." "Etrange ces vents à 200 km/h ! So what ? Mes stock-options ont pris 150 points en six mois." "La Seine a monté de dix mètres en juin ; on s'en tape le marché a gagné trois points à Tokyo !" Tempêtes, raz de marée, inondations, tremblements de terre, rien n'y faisait, les regards restaient braqués sur la bourse. En dehors de quelques scientifiques, personne ne voulait admettre que le dérèglement climatique pouvait être dû à la pollution, il fallait penser aux petits actionnaires... La bourse ou la vie ? Aujourd'hui nous savons ce que les hommes ont choisi. " (pp. 64 à 66 de L'Utopitre par Marc Jolivet 2000 Flammarion)

 

 

 

 

 

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